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L’opéra, un art au service du manager d’aujourd’hui

Opéra Garnier à Paris

Opéra Garnier à Paris

Alors que les arts plastiques ont trouvé depuis quelques années leur place au sein de l’entreprise comme outil de communication et de management, l’art lyrique, lui, semblait être resté sur le pas de la porte. Trop élitiste, trop exigeant, trop complexe,  tout juste bon à satisfaire le snobisme de l’establishment pour qui, selon Gérard Mortier, « l’opéra est un dîner avec trois heures de Mozart avant ». Halte aux idées reçues, et si, en termes de management, l’opéra avait aussi son mot à dire.

 

Développement managérial et cohésion d’équipe

C’est sur cette conviction que s’appuie Mythe & Opéra, un outil de développement managérial et de cohésion d’équipe, créé par le cabinet Alalma[1], qui propose de faire vivre en musique le parcours d’un héros confronté à des épreuves fondamentales, d’interroger le sens de chacune de ces épreuves, d’en tirer un enseignement, afin que chacun puisse éclairer en retour les enjeux de sa situation présente. Rossini et Le Barbier de Séville comme moyen de se confronter aux clés de la prise de décision, La Walkyrie de Richard Wagner pour aider à réfléchir sur la gestion des conflits ou encore la question du courage managérial et du leadership soulevée à travers La Clémence de Titus de Mozart. L’opéra, forme d’art qui, plus que la peinture ou le théâtre, s’appuie à la fois sur le verbal – le livret (l’histoire) – et le non verbal – la musique – s’avère particulièrement adapté au passage métaphorique de la représentation artistique à l’idée managériale.

 

Intelligence émotionnelle

Cette position infra-verbale de l’opéra est aussi un atout que le manager peut considérer dans l’exploration de ses propres émotions. Prendre conscience de soi est en effet l’un des facteurs principaux de l’intelligence émotionnelle, concept dont les ingrédients représentent environ les deux-tiers de la performance du dirigeant. Car celui qui sait reconnaître ses émotions et leurs effets pourra par analogie capter celles des autres, quand « être patron, c’est gérer l’incertitude, dans un monde changeant, où l’on n’avance que par l’adhésion du plus grand nombre. Si vous ne sentez pas les émotions de ceux qui sont autour de vous, vous ne les entraînerez pas avec vous »[2].

Mozart

Mozart

 

Culture générale

Pratiquer l’opéra, c’est également enrichir cette somme de connaissances qui définit en partie la culture générale, à l’heure même où celle-ci est réhabilitée au sein de l’entreprise. Mieux, l’opéra dans sa volonté de fusionner tous les genres, permet de les appréhender tous : musique et théâtre mais aussi peinture, architecture, littérature, histoire, religion, mythologie, philosophie, cinéma, technologie… Faut-il rappeler que Molière collabora avec Jean-Baptiste Lully, Wagner adopta la pensée de Schopenhauer, Luchino Visconti mit en scène Maria Callas, Pablo Picasso réalisa plusieurs décors pour l’Opéra Garnier dont Marc Chagall, à la demande d’André Malraux, a repeint en 1964 le plafond, etc.

 

Le réseau et l’image

Soucieux d’élargir son réseau de connaissances, le manager d’aujourd’hui pourra toujours investiguer du côté de l’opéra, acte social qui a depuis sa création rassemblé une certaine élite autour de ses fastes. Sous couvert de mécénat, chaque institution lyrique abrite en ses murs une amicale, dont l’une des raisons d’être est de favoriser les rencontres professionnelles, ainsi que l’avance sans ambages Arpeggio, l’association pour le rayonnement de l’Opéra Nationale de Bordeaux. « C’est une manière pour les gens qui arrivent à Genève d’acheter quelques quartiers de noblesse genevoise » explique de son côté Jean-Marie Blanchard au sujet du Cercle du Grand Théâtre de Genève.

Marc Chagall, Plafond de l'opéra Garnier (détail)

Marc Chagall, Plafond de l'opéra Garnier (détail)

S’anoblir, se détacher du commun des mortels, un autre des avantages de l’opéra à une époque où l’identité du manager ne se construit plus seulement à partir de son entreprise et de son métier mais aussi à partir de son image sociale. Les sociétés ne s’y sont pas trompées, elles qui souvent développent des partenariats avec des institutions lyriques afin de rehausser leur prestige en offrant des soirées à l’opéra à leurs clients ou leurs collaborateurs, privilège hautement apprécié, quitte à s’ennuyer.

 

Car c’est la leçon de l’histoire, il ne faut pas se forcer à aimer l’opéra pour développer son image, son réseau, sa culture, son intelligence émotionnelle ou son équipe mais simplement, quand on a la chance de l’apprécier, le vivre pleinement de manière à s’élever puisque c’est un art et que « c’est dans l’art que l’homme se dépasse définitivement lui-même »[3].

 

Christophe Rizoud

Rédacteur en chef de www.forumopera.com et responsable de la communication du GIE AXA (siège du Groupe AXA).

 


[1] www.alalma.fr

[2] Claude Tendil, interviewé par Anna Rousseau pour Challenges (3 juillet 2008)

[3] Simone de Beauvoir, Privilèges (Gallimard)

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