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Le Moyen-Âge est-il une énigme ?

Qu'est-ce que l'homme du xxie siècle comprend du temps des cathédrales?
Que comprend-on au Moyen-Âge ? Contributeur régulier de ce blog, Xavier-Laurent Salvador a planché sur cette question, lors de la première conférence du cycle « Dernières Nouvelles de l’Homme »[1]. Le maître de conférences en langue et littérature médiévale a ouvert son propos par une affirmation énigmatique pour son jeune public, qui retiendra longtemps la formule : « Nous sommes des êtres de langue, la langue structure notre rapport au monde et à la pensée ».
Quel est le rapport avec la compréhension du Moyen-Âge ? La langue qui nous structure nous est donnée en partage avec tous les membres de notre communauté linguistique. Ce plus petit dénominateur commun est aussi ce qui divise l’humanité, qui érode la compréhension d’autrui, l’étranger.
L’étranger n’est pas seulement un concept géographique, il est également historique. La langue nous divise dans l’espace et dans le temps. Le Moyen-Âge n’est pas tant le passé d’où nous venons, qu’un temps qui nous est étranger. Surtout en France, où l’on ne peut lire Chrétien de Troyes sans traduction, quand un Italien lit Dante dans le texte.
Le conférencier enchaîne alors sur une seconde perspective d’approche, toujours linguistique, en méditant sur l’idée d’une archéologie de la langue. Un mythe anime bien des philologues, celui de l’étymologie. On croit trouver le sens définitif des mots en remontant à l’étymologie première, le sacré graal du lexique – on serait tenté d’ajouter : le message originel laissé par les premiers hommes. Quand on a dit qu’« homme » vient d’« humus », on croit avoir tout dit.
Là encore, on s’interroge, quel est le rapport avec le Moyen-Âge ? Le développement, déjà passionnant, le devient davantage. Le Moyen-Âge se caractérise par un exercice de la langue qui nous est étranger. Nous sommes structurés par une pensée de la langue qui est une pensée de l’institution et de la norme, des règles de prononciation, d’orthographe, de grammaire, etc. Rien de tel au Moyen-Âge.
L’époque qui vit le passage du latin aux langues modernes de la latinité est le temps de la langue en liberté, de la formation populaire des langues européennes actuelles par évolution progressive et régionalement diversifiée du latin. Xavier-Laurent Salvador a brossé alors un tableau des évolutions linguistiques qui ont suivi la fin de l’Empire romain d’Occident.
Le français est-il né ? Son exposé a sapé l’idée d’une naissance du français. On ne peut pas comprendre le Moyen-Âge à l’aune de l’idéologie contemporaine de la langue. La langue médiévale n’est structurée ni par l’idée de règle, ni par le mythe étymologique. Bien au contraire, le christianisme à la fin de l’Empire développe une pensée de traduction, qui est une pensée de la transmission, de l’adaptation aux déformations populaires.
La conférence, suivie attentivement par les étudiants venus nombreux, se prolongea par une séance d’une demi-heure de questions apportant encore une série d’éclairages ponctuels sur certains aspects de la communication, de Babel à l’esperanto en passant par la différence entre la merveille et le miracle. Le miracle ou la merveille – on ne sait pas exactement si l’origine est divine ou démoniaque – ce fut surtout l’attention et la curiosité d’esprit des futurs « managers », dont l’œil pétillant de certains révélait une soif de connaissances que le conférencier a su éveiller et combler.
Jean-Baptiste Amadieu
[1] Cycle de conférences culturelles participant aux enseignements en sciences humaines du MIP. L’intitulé venu d’un recueil de Vialatte rappelle la vocation toujours actuelle des Humanités.
Réforme de l’orthographe – Petite histoire, istoire d’an rire
J’entends qu’on veut encore réformer l’orthographe ? Petite histoire de l’accord en langue…
J’avais une amie, docteure de clinique vétérinaire, qui élevait une rongeure castore et un sauterelle. Abstracteure de quintessence, elle farfouillait, avec une amie batteure dans un groupe de jazz, les recettes d’autrefois pour y trouver les ficelles qui guériraient les aviateures du mal de l’air grâce à sa cobaye et à l’insecte. Son mari, professionnel du basculeur bimoteur, était sage-homme à l’hopital. Désespéré de se voir ainsi préférer une batteure, une castor, une aviateure et un sauterelle, vira son cutiréacteur et se mit à faire le pute. Ce qui ne manqua pas de faire jaser la public du département de gynécologie, où il ne tarda pas à se tailler une réputation d’homme de mauvaise vie. Son ami d’enfance, qui était esthèticien au cabinet d’épilation voisin de l’hopital, lui prépara un bon gâteau dont l’abaisse ne prenait pas.
- « D’abaisse à abbesse – lui dit-il – il n’y a qu’un pas, que tu devrais franchir : plutôt que de faire le pute, pourquoi ne ferais-tu pas curé ? »
- « Curé ! lui dit le sage-homme, plutôt mourir. Sœur, à la rigueur ! » « Un sœur au couvent ? Mais tu n’y penses pas »
- « Et pourquoi pas – s’énerva Monsieur l’impétrante – les droits de l’homme ne disent rien à ce propos. » « De l’homme, peut-être… mais de l’abbesse, je ne sais pas ».
C’est fâchée que notre héroïne s’en retourna au bois, avec l’air furieux d’un homme prêt à tout, d’une femme aussi. Un homme-sage de mauvaise vie qui traîne au bois tard le soir ne manque pas d’attirer les regards de ses consœurs qui, pour se moquer, l’appelait monsieur la reine. Et après tout, se disait-il, si une femme peut être conseiller, pourquoi un homme ne serait-il pas Reine ?
Et la castore, alors ?
la cobaye et sa copine le mâle ? Pendant ce temps, le sauterelle et son amie rongeure sirotaient des roteuses, que leurs ami-e-s ni roteures ni roteurs, leur servaient avec admiration.
- « Alors comme ça, vous connaissez une docteure mariée à un sage-homme qui fait le pute en attendant d’être élu sœur, ou reine ? Mais alors, la docteure ne sera-t-elle pas un jour Monsieur la Roi ? Madame la frère ? Quelle chance vous avez, les enfantes – toi aussi sauterelle ».
- « Merci, oui, tu as raison, nous connaissons de la belle monde ! Je pense que nous irons chez la coiffeure avant toutes ces cérémonies »
Rien n’était fait bien sûre, mais on avait la possibilité de rêver. « Ca tombe bien », lui répondirent la remmailleuse et la repasseuse qui siègeaient en face d’elle – et de lui, « il y a un cabinet d’esthéticiens en face de l’hôpital ». « Passe-moi l’agrafeur, je prend l’adresse et je ne veux pas la perdre » « Tiens, l’ami-e ».
Et voilà que l’on retrouve le chemin du tapineuse.
Celui-là ne perdit pas de temps, et la monarchie n’étant plus, il s’était inscrit sur les listes d’électeurs et d’électrices, puis sur les listes de candidats et de candidates qui se présentaient aux fonctions de président et de présidente. Afin de gagner les faveures en jouant les flatteures de quelques illustres personnages, le tapineuse s’en alla sur le champ de course de sa municipalitée ou madame la maire, mère amère émérite de deux bouseuses sans le sou, s’adonnait à sa vice préférée, le pari. La maire vicieuse veille, et parie sur la trotteure de son choix avant que la trotteuse ne marque l’heure où la baroqueuse autrefois coqueleuse qui fait l’arbitresse sur l’hippodrome tire le coup fatidique qui voit la fermeture des paris. La guichetière alors, mais le guichetier aussi – entendons-nous bien – rembarrent les parieur et les parieuses en convoquant les gardes et les gardesses qui veillent au grain – et à la graine – afin que tous, et toutes, rentrent dans les rangs – ou les rangées, c’est selon. Le pute astucieux s’approche obséquieux et lui tend une main amicale sous le prétexte fallacieux de lui parler d’une amie violoneuse commune, alors que la bougre ne voulait jamais que lui vendre son projet d’être pair du royaume, enfin députée.
- « Un pute, pair ? », s’exclama la maire, « n’est-ce pas un peu curieuse ? »
- « Que voulez-vous que je vous réponde, Maire. Je suis seule, et c’est trop peu pour être paire ; et père, ma femme préfère les castores ».
La docteure en effet avait définitivement fait sa coming-out, et avouait à qui voulait l’entendre, que le sauterelle est ingrat, et la castore, sympa.
- « Laissez-moi faire un discours, je suis bonne discoureuse, et vous verrez, j’emporterai la foule, et le foulon. » « Le foulon ? – rétorqua la maire hagarde – Qu’avez-vous donc contre la foulonne ».
- « Rien, au contraire ! Je prends l’accon et je reviens ».
- « L’accon ? qu’avec vous contre la … »
La maire fut interrompue par le départ des trotteures que la trotteuse imperturbable avait contraintes à y aller. « Je reviens, donc » dit celle qui tenait son poste par agnation. La batelier sur l’accon lui fit franchir le fleuve par deux fois, le ramenant de l’autre rive avec un beau discours. L’homme sage apostropha la foule, et le foulon :
« Chère Foule, Cher foulon, Chers amis, Chères amies, Chères consœurs, chers confrères, avant-main, avant-mine, catin, catine, putain, putine, aujourd’hui est une grande journée qui verra vaincre le pute du bois au con sacré consacré sœur par ses frères d’errance et reine par ceux que la cognation n’effraient pas. »
A ces mots, la foule et le foulon ne se sentirent plus de joie et élirent notre prostitué au rang de Monsieur la Maire, cette dernière ayant fini jockeyeuse pour trotteure spécialisée. C’était le début d’une longue carrière de pair de la natione qui commençait. Et l’abstacteure ? Par trop abstraite par sa tache difficile, elle voulut devenir la nouvelle dey goy d’Alger, refusant de faire la lad pour l’amère maire d’autrefois. La castore, pas funkye pour un sou, s’en fut avec une grizzlye groggye, dont la huskye était amie d’une disce-jockeye d’un speakeasy où le whisky coulait à flot. Son aïeuse, en effet, cul-terreuse avait acheté un bout de terrain où elle avait pu devenir l’entrepreneure entreprenante de travaux attendus par la population, mais aussi les habitants, de la ville, pour ne pas dire du coin.
Épilogue
La morale de cette histoire, c’est qu’à bien y regarder, il est difficile de dire que la modification politique des genres en langue soient un fait de simplification. Mais je doute d’avoir été convaincant.
Je terminerai en rappelant que la réforme de l’orthographe par l’Académie ayant déjà eu lieu en 1836, Paulin Paris écrit en préface du catalogue des manuscrits de la bibliothèque du roi un manifeste en réponse à une critique publique de M. Daunou qui avait dit : « M. Paulin Paris continue d’écrire « oi » au lieu de « ai » quoique cette dernière orthographe soit établie dans le nouveau dictionnaire de l’Académie française ».
« J’ose réclamer, écrit-il – et j’ajouterai que moi aussi – , la très innocente liberté de conserver mes premières habitudes orthographiques ».
Xavier-Laurent Salvador

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