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Archives pour la catégorie ‘Recensions de livres’

La Revanche des otaries de Vincent Wackenheim

22/09/2009

Revanche des otariesVincent Wackenheim publie sa Revanche des otaries aux éditions de la Dilettante. Il s’agit d’une fable légère qui s’appuie sur une trame connue: Noé, vieux pervers aux habitudes zoophiles, embarque sur une arche fragile en compagnie de sa jalouse épouse. Un fait nouveau pourtant: deux couples d’animaux sèment la zizanie à bord, des dinosaures – trop gros – les termites – trop petits. De sorte que du déluge au naufrage, il n’y a qu’un pas et hop!: l’humanité n’a jamais été sauvée laissant au diable, encore lui, le soin de rattraper les cochonneries. Comme quoi il est dans le détail. Le livre est bon, très bon – c’est un exercice d’humour plein d’ironie et qui se lit à plusieurs niveaux; les anecdotes sont peintes avec humour et non sans grâce.

Disons-le d’emblée, l’originalité du travail de l’auteur réside dans l’invention humoristique dont il fait preuve autour d’un thème vieux comme le monde adapté à la mode d’aujourd’hui. Quant au style, j’en dirai un mot tout à l’heure. L’ensemble est donc bien traité, sur un ton léger et badin qui se veut un franc parler. Et l’idée, qui n’est pas neuve – que l’on relise «Le Catharisme» de Jean Duvernoy (éditions Privat, Toulouse, 1992) – est suffisamment délayée pour que le lecteur puisse se laisser surprendre au cours de sa lecture. Mais l’auteur suit une double thèse: l’astuce diluviale, soit; et la revanche du manager – ce qui est plus surprenant. Le texte fourmille en effet de références aux poncifs du management d’entreprise: Noé ne serait qu’un brave patriarche, capitaine d’industrie à la tête d’un mastodonte ingérable. Et l’on comprend, à la longue, que le naufrage de cette Arche en mission pourrait n’être que la longue métaphore filée d’une entreprise en perdition. Un rocher englouti sous les flots de l’océan du marché. Et quoi d’étonnant si l’on veut bien se rappeler que l’auteur est avant tout un ancien chef d’entreprise, ancien président d’une maison d’édition du quartier saint Sulpice et auteur d’ouvrages de références sur la gestion d’entreprise ? Le biographique l’emporte sur le littéraire ! Nous sommes perdus. Bref, comme vous l’aurez compris, le livre est riche et l’ironie, cinglante. Le cynisme affleure à chaque page et chaque idée à le goût âcre et délicieux de la revanche amère.noe

« L’otarie » quant à elle, héroïne malgré elle, symbolise la turpitude patriarcale. Étymologiquement, elle nous rappelle qu’elle est une « petite oreille » – figure métonymique qui servit à désigner autrefois ce petit chien des mers aux oreilles pendantes. Je me demande si le titre ne devrait pas se lire: « la revanche des petites oreilles » ? On se demanderait alors ce que l’auteur a bien pu entendre et qu’il ne dit pas dans le livre. Sa revanche serait sans doute terrible s’il disait tout, autrement qu’à mots couverts.

C’est sans doute là que le bât blesse: le lecteur est exclu du petit jeu de références auquel se livre l’auteur et à la différence d’un caricaturiste de cour, les personnages visés nous sont inconnus. Il ne reste alors qu’une charge, qui vaut la peine d’être lue en soi mais qui engendre un regret puisque l’auteur est timide. La timidité affecte le style: ce pourrait être éclatant, c’est juste bon. Pas un dialogue au cours de ces 186 pages ne vient caractériser les personnages; juste le long monologue du narrateur qui met en scène à distance les péripéties pourtant riches qui conditionnent le récit. C’est un genre, mais pas un style. Voilà le seul regret. Mais la gouaille du narrateur, son côté vendeur des galeries La Fayette, ses saillies humoristiques et son goût pour les listes lexicales l’emportent sur ces quelques réticences et dans le morne paysage des ouvrages de rentrée dont l’abondance ne contredit pas, au contraire, la médiocrité, cet opuscule couleur canari mérite d’être lu et son auteur, récompensé.

Xavier-Laurent Salvador

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« Fleur de tempête » de Philippe le Guillou

22/09/2009

Le tombeau est un genre ancien qui consiste à dresser le portrait d’une personne défunte afin de lui ériger un monument. Avec son Tombeau pour Hélène, Philippe le Guillou renoue avec ce genre ancien : il le dit, il le répète. Tout l’ouvrage est donc un portrait d’Hélène, une amie vraiment défunte dont il parle avec tendresse en évoquant les vrais souvenirs parfois durs et âpres, parfois très potaches des vrais moments passés ensemble à Paris, en Irlande, en Bretagne.
Fleurs de tempêteIl y a disons le d’emblée quelque chose de séduisant et de fascinant dans l’ouvrage: on touche au vrai par delà la page écrite. Pas à une réalité comparable à celle que l’on peut lire dans une (auto)biographie dont on sait, parce qu’on a des lettres, que de toute façon elle est mensonge. Non ! Et à vrai dire, que les souvenirs de Paris ou de Rennes soient vraisemblables, peu importe. Non, je voulais dire: à quelque chose de tangible dans la mort. La mort vécue par l’une, abandonnant fille et mari en ce monde. La mort endeuillant l’autre.

Ce souvenir tangible, et la reconstruction littéraire par l’auteur, les voici: Hélène – je veux dire, la véritable Hélène, celle que ni vous ni moi n’avons connue – a choisi l’incinération et la dispersion des cendres sur la mer. Elle a donc choisi d’être un paysage. De n’être qu’un paysage. Et voilà qui semble avoir déstabilisé l’homme: elle n’a voulu n’être qu’un paysage, elle qui était tant de paysages. L’auteur a sans doute alors trouvé dans la littérature le moyen de prendre la relève de celui qui abdiquait dans la souffrance son rôle de gardien d’une mémoire qu’il jugeait importante. Nous, nous n’avons rien à dire: dont acte.

La littérature le dote alors d’un pouvoir: désenclaver l’être chéri – je n’ai pas dit aimé – de l’étroitesse de sa sépulture

Philippe le Guillou

Philippe le Guillou

pour lui offrir tout un monde. Lui offrir aussi du temps dans la mort: le temps d’être lue, d’être connue de tant de gens qui sans ça ne l’auraient jamais rencontrée. Lui offrir un tombeau de temps, le temps de l’écriture, aussi. L’inscrire dans des pages et dans des coeurs. Ce qui n’est pas rien.

Je disais « quelque chose de fascinant ». Et y a t-il plus fascinant que ce jeu avec la mort ? Même si certaines pages, par leur simplicité, semblent bien loin du style de l’auteur des Sept noms du peintre ou de La Consolation, on n’oublie pas un instant la relation fantomatique qui s’établit entre cette femme et l’auteur. Et nous, lecteurs, sommes pris à témoins de cet échange; presque malgré nous transformés en voyeurs morbides de cette relation très intime avec une morte. Et là, soudain, la littérature trouve un sens pour le lecteur, simple, facile à saisir.
Combler, Consoler, rassurer. Voilà qui est fascinant.
Faire vivre également le corps d’une femme-marionnette sans âme, au gré du souvenir du peintre.
Ce qui est plus cruel.

Vous me direz, et vous aurez certainement raison, que tout cela est aussi fascinant parce que cette violation de sépulture est sale. Voire répugnante. Corrompue.
Eh ! Je viens de le dire, vous avez raison !
Mais est-ce notre faute à nous si l’auteur nous prend à témoins ? Nous n’avions rien demandé… Et enfin, qui a dit que la littérature devait être autrement ?

manuscritDans cette horreur morbide et répugnante d’une prosopée qui pourrait être sans fin s’écrit l’essence même de la vraie consolation au sortir du Deuil. La mort se combat par le Verbe qui inscrit au frontispice des temples érigés par les hommes les images immortelles des femmes sans gloire qui changent le destin des héros par leur existence même. Alors qu’Hélène l’ignore, alors que nous le savons. Second vertige de cet petit livre en quête de sens.

Bon, je m’emporte.

A un moment où, pour être sale, la littérature se prostitue cet ouvrage sonne comme une minute de rédemption.

Xavier-Laurent Salvador

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