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Le Moyen-Âge est-il une énigme ?

09/10/2009
Qu'est-ce que l'homme du xxie siècle peut-il comprendre du temps des cathédrales?

Qu'est-ce que l'homme du xxie siècle comprend du temps des cathédrales?

Que comprend-on au Moyen-Âge ? Contributeur régulier de ce blog, Xavier-Laurent Salvador a planché sur cette question, lors de la première conférence du cycle « Dernières Nouvelles de l’Homme »[1]. Le maître de conférences en langue et littérature médiévale a ouvert son propos par une affirmation énigmatique pour son jeune public, qui retiendra longtemps la formule : « Nous sommes des êtres de langue, la langue structure notre rapport au monde et à la pensée ».

Quel est le rapport avec la compréhension du Moyen-Âge ? La langue qui nous structure nous est donnée en partage avec tous les membres de notre communauté linguistique. Ce plus petit dénominateur commun est aussi ce qui divise l’humanité, qui érode la compréhension d’autrui, l’étranger.

L’étranger n’est pas seulement un concept géographique, il est également historique. La langue nous divise dans l’espace et dans le temps. Le Moyen-Âge n’est pas tant le passé d’où nous venons, qu’un temps qui nous est étranger. Surtout en France, où l’on ne peut lire Chrétien de Troyes sans traduction, quand un Italien lit Dante dans le texte.

Le conférencier enchaîne alors sur une seconde perspective d’approche, toujours linguistique, en méditant sur l’idée d’une archéologie de la langue. Un mythe anime bien des philologues, celui de l’étymologie. On croit trouver le sens définitif des mots en remontant à l’étymologie première, le sacré graal du lexique – on serait tenté d’ajouter : le message originel laissé par les premiers hommes. Quand on a dit qu’« homme » vient d’« humus », on croit avoir tout dit.

Là encore, on s’interroge, quel est le rapport avec le Moyen-Âge ? Le développement, déjà passionnant, le devient davantage. Le Moyen-Âge se caractérise par un exercice de la langue qui nous est étranger. Nous sommes structurés par une pensée de la langue qui est une pensée de l’institution et de la norme, des règles de prononciation, d’orthographe, de grammaire, etc. Rien de tel au Moyen-Âge.

L’époque qui vit le passage du latin aux langues modernes de la latinité est le temps de la langue en liberté, de la formation populaire des langues européennes actuelles par évolution progressive et régionalement diversifiée du latin. Xavier-Laurent Salvador a brossé alors un tableau des évolutions linguistiques qui ont suivi la fin de l’Empire romain d’Occident.

Le français est-il né ? Son exposé a sapé l’idée d’une naissance du français. On ne peut pas comprendre le Moyen-Âge à l’aune de l’idéologie contemporaine de la langue. La langue médiévale n’est structurée ni par l’idée de règle, ni par le mythe étymologique. Bien au contraire, le christianisme à la fin de l’Empire développe une pensée de traduction, qui est une pensée de la transmission, de l’adaptation aux déformations populaires.

La conférence, suivie attentivement par les étudiants venus nombreux, se prolongea par une séance d’une demi-heure de questions apportant encore une série d’éclairages ponctuels sur certains aspects de la communication, de Babel à l’esperanto en passant par la différence entre la merveille et le miracle. Le miracle ou la merveille – on ne sait pas exactement si l’origine est divine ou démoniaque – ce fut surtout l’attention et la curiosité d’esprit des futurs « managers », dont l’œil pétillant de certains révélait une soif de connaissances que le conférencier a su éveiller et combler.

Jean-Baptiste Amadieu


[1] Cycle de conférences culturelles participant aux enseignements en sciences humaines du MIP. L’intitulé venu d’un recueil de Vialatte rappelle la vocation toujours actuelle des Humanités.

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