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La culture et l’histoire

11/01/2010
Baptême de Clovis (496)

Baptême de Clovis (496)

« Qui sommes-nous ? » Cette question que l’on est parfois amené à se poser, pour essayer de comprendre quelle est notre culture, peut être reformulée en : « Qu’est-ce que la France ? ». Nous allons brièvement tenter d’apporter une réponse à cette interrogation.

Tout d’abord, il faut savoir que la France a une longévité exceptionnelle. En effet, on estime généralement que la France est née en 496, au moment du baptême de Clovis (qui a conféré au pouvoir de celui-ci une légitimité qui lui faisait jusqu’alors défaut, notamment à Paris où vivait Ste Geneviève). Notre pays a donc plus de 1500 ans[1]. Tout au long de ces siècles, la culture française s’est forgée, au gré de l’Histoire. Ainsi, Mis à part le baptême de Clovis, on peut noter quelques évènements fondateurs de la France.

Tout d’abord, le sacre de Charlemagne en tant qu’empereur en l’an 800 par le pape, qui a mis en avant la puissance de la France en Occident, mais qui également laisse entrevoir les fondements de ce qui deviendra une monarchie presque sacrée. En effet, par son geste, le pape fait de Charlemagne un personnage presque sacré, une sorte de sacerdoce, à la manière des rois qui régnaient sur les royaumes d’Israël et de Judas, cet état sacré se transmettra ensuite à tous les rois de France.

Ensuite, l’année 987 voit l’accession au trône d’Hugues Capet, cet évènement peut sembler anodin en lui-même, mais la dynastie qui prend alors les rênes de la France règnera sans interruption pendant plus de huit cents ans et fera de notre pays l’état moderne que l’on connait. Le royaume qui jusqu’alors était divisé entre les fils du souverain passera entièrement au fils ainé, pour éviter les guerres fratricides. Ce changement montre une évolution dans la manière de penser la monarchie. En effet, le roi devient le serviteur du royaume, et plus son propriétaire, il doit l’administrer pour le bien de ses sujets et non pour la recherche de sa propre satisfaction. Cette nouvelle manière de penser est liée à une vision chrétienne de l’exercice du pouvoir[2]. Cette dynastie, qui comporte des rois comme Saint Louis,  François I ou Louis XIV, a donné à la France des frontières proches de celles qu’elle a aujourd’hui, en réunissant patiemment l’ensemble des fiefs qui la composaient alors.

Enfin, plusieurs dates peuvent être citées comme également importantes dans l’Histoire de France. 1) 1420, le traité de Troy signé par Isabeau de Bavière (épouse du roi Charles VI le Fol) et  le duc de Bourgogne devait faire d’Henri V d’Angleterre le roi de France à la mort de Charles VI ; cela signifiais donc la disparition de notre pays, mais la mort prématurée d’Henri V et la venue de Jeanne d’Arc l’ont empêchées. 2) 1539, François Ier signe l’ordonnance de Villers-Cotterêts faisant du français la seule langue utilisable pour tous les actes officiels du royaume ; par cet acte, le roi donne au français une dignité qui n’était jusqu’à présent que l’apanage du latin, ce qui permet un développement plus rapide du français. 3) 1789, la Révolution marque la dernière grande étape de l’Histoire de France. En effet, durant cette période, le régicide de Louis XVI met fin à l’idée de monarchie de droit divin, ainsi qu’à tous ce qui y était lié dans l’esprit des Français. La Révolution française marque donc une forme de rupture dans l’Histoire de France, à commencer par une rupture politique, puisque pour la première fois, le pays n’est plus dirigé par le roi (ou l’un de ses représentants), mais par une assemblée, au nom du peuple français.

Cette lecture rapide de l’Histoire de France nous montre que petit à petit ce pays s’est construit, il s’est éloigné des cultures latine, franque…qui l’ont fait naitre et les a combinées, pour créer une culture originale. Aujourd’hui, les Français sont donc les héritiers de cette culture. C’est d’elle que vient notre manière de penser, de vivre, d’être. Nous sommes donc les produits d’une histoire, et pour, comme disait Socrate, nous connaitre nous même, il nous faut connaitre et comprendre cette histoire. Nul ne peut savoir l’intégralité de l’Histoire de France, dans toute sa complexité. Mais chacun, à travers la compréhension des grandes lignes cette histoire et de quelques évènements particuliers, doit pouvoir appréhender ce qui fait la France. Ainsi, la connaissance de notre histoire, nous permet de comprendre notre culture. Et s’il advenait que l’on perde cette mémoire collective, on pourrait peu à peu voir notre culture disparaitre.

A la question « Qui sommes-nous ? », on peut donc répondre que nous sommes le fruit d’une histoire, qui a lentement façonné les traits de notre pays et que la véritable connaissance de notre identité vient de la connaissance et de la compréhension de l’Histoire de notre pays.

FP, étudiant au MIP – école de management


[1] Il fait donc partie de la dizaine de pays ayant plus de 1000 ans d’histoire, avec la Chine, le Japon, l’Angleterre…

[2] Episode du lavement des pieds dans l’Evangile (Jn 13,1-20). Dans ce passage, Jésus montre à ses disciples que pour être grand devant Dieu, il faut se faire serviteur.

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La Revanche des otaries de Vincent Wackenheim

22/09/2009

Revanche des otariesVincent Wackenheim publie sa Revanche des otaries aux éditions de la Dilettante. Il s’agit d’une fable légère qui s’appuie sur une trame connue: Noé, vieux pervers aux habitudes zoophiles, embarque sur une arche fragile en compagnie de sa jalouse épouse. Un fait nouveau pourtant: deux couples d’animaux sèment la zizanie à bord, des dinosaures – trop gros – les termites – trop petits. De sorte que du déluge au naufrage, il n’y a qu’un pas et hop!: l’humanité n’a jamais été sauvée laissant au diable, encore lui, le soin de rattraper les cochonneries. Comme quoi il est dans le détail. Le livre est bon, très bon – c’est un exercice d’humour plein d’ironie et qui se lit à plusieurs niveaux; les anecdotes sont peintes avec humour et non sans grâce.

Disons-le d’emblée, l’originalité du travail de l’auteur réside dans l’invention humoristique dont il fait preuve autour d’un thème vieux comme le monde adapté à la mode d’aujourd’hui. Quant au style, j’en dirai un mot tout à l’heure. L’ensemble est donc bien traité, sur un ton léger et badin qui se veut un franc parler. Et l’idée, qui n’est pas neuve – que l’on relise «Le Catharisme» de Jean Duvernoy (éditions Privat, Toulouse, 1992) – est suffisamment délayée pour que le lecteur puisse se laisser surprendre au cours de sa lecture. Mais l’auteur suit une double thèse: l’astuce diluviale, soit; et la revanche du manager – ce qui est plus surprenant. Le texte fourmille en effet de références aux poncifs du management d’entreprise: Noé ne serait qu’un brave patriarche, capitaine d’industrie à la tête d’un mastodonte ingérable. Et l’on comprend, à la longue, que le naufrage de cette Arche en mission pourrait n’être que la longue métaphore filée d’une entreprise en perdition. Un rocher englouti sous les flots de l’océan du marché. Et quoi d’étonnant si l’on veut bien se rappeler que l’auteur est avant tout un ancien chef d’entreprise, ancien président d’une maison d’édition du quartier saint Sulpice et auteur d’ouvrages de références sur la gestion d’entreprise ? Le biographique l’emporte sur le littéraire ! Nous sommes perdus. Bref, comme vous l’aurez compris, le livre est riche et l’ironie, cinglante. Le cynisme affleure à chaque page et chaque idée à le goût âcre et délicieux de la revanche amère.noe

« L’otarie » quant à elle, héroïne malgré elle, symbolise la turpitude patriarcale. Étymologiquement, elle nous rappelle qu’elle est une « petite oreille » – figure métonymique qui servit à désigner autrefois ce petit chien des mers aux oreilles pendantes. Je me demande si le titre ne devrait pas se lire: « la revanche des petites oreilles » ? On se demanderait alors ce que l’auteur a bien pu entendre et qu’il ne dit pas dans le livre. Sa revanche serait sans doute terrible s’il disait tout, autrement qu’à mots couverts.

C’est sans doute là que le bât blesse: le lecteur est exclu du petit jeu de références auquel se livre l’auteur et à la différence d’un caricaturiste de cour, les personnages visés nous sont inconnus. Il ne reste alors qu’une charge, qui vaut la peine d’être lue en soi mais qui engendre un regret puisque l’auteur est timide. La timidité affecte le style: ce pourrait être éclatant, c’est juste bon. Pas un dialogue au cours de ces 186 pages ne vient caractériser les personnages; juste le long monologue du narrateur qui met en scène à distance les péripéties pourtant riches qui conditionnent le récit. C’est un genre, mais pas un style. Voilà le seul regret. Mais la gouaille du narrateur, son côté vendeur des galeries La Fayette, ses saillies humoristiques et son goût pour les listes lexicales l’emportent sur ces quelques réticences et dans le morne paysage des ouvrages de rentrée dont l’abondance ne contredit pas, au contraire, la médiocrité, cet opuscule couleur canari mérite d’être lu et son auteur, récompensé.

Xavier-Laurent Salvador

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